**Évaluation fondée sur les preuves de la médecine traditionnelle chinoise dans le traitement de la chute de cheveux**
La chute de cheveux est un problème courant qui touche de nombreuses personnes, allant de l’alopécie androgénétique à la pelade. Ses causes sont complexes et les options thérapeutiques variées. Ces dernières années, l’utilisation de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) dans le traitement de la chute de cheveux a suscité l’intérêt, mais le public entretient souvent des idées erronées quant à son efficacité réelle — certains la considèrent comme une « potion miracle », d’autres la rejettent totalement. Cet article, fondé sur les principes de la médecine fondée sur les preuves (Evidence-Based Medicine, EBM), présentera objectivement les données de recherche existantes afin d’aider les lecteurs à aborder ce sujet de manière rationnelle.
**I. Fondements théoriques et méthodes courantes de la MTC dans le traitement de la chute de cheveux**
La théorie de la MTC considère que la chute de cheveux est souvent liée à des « carences rénales », à une « chaleur du sang », à une « insuffisance sanguine » ou à une « humido-chaleur », et le traitement met l’accent sur la différenciation des syndromes. Les méthodes courantes incluent : la prise interne de décoctions (comme le Qibao Meiran Dan, le Erzhi Wan, etc., contenant des plantes telles que le Polygonum multiflorum, le Ligustrum lucidum, la Cuscuta chinensis), l’application externe de teintures (par exemple, des préparations alcooliques à base d’extraits de feuilles de Biota orientalis et de gingembre), ainsi que des thérapies physiques comme l’acupuncture et la percussion à l’aiguille fleur de prunier. Ces méthodes sont largement documentées dans les classiques de la MTC, mais leur efficacité doit être évaluée par des méthodes fondées sur les preuves modernes.
**II. Données probantes actuelles : conclusions issues de revues systématiques**
À ce jour (2025), plusieurs revues systématiques et méta-analyses ont évalué l’efficacité de la MTC dans le traitement de la chute de cheveux. Par exemple, une revue publiée en 2023 dans le *Cochrane Database of Systematic Reviews* a inclus 12 essais contrôlés randomisés (ECR) portant sur 698 patients atteints d’alopécie androgénétique. Les résultats ont montré que, par rapport au placebo, certaines formules de MTC (comme celles contenant du Polygonum multiflorum et de l’Angélique sinensis) présentaient une différence statistiquement significative dans l’amélioration des scores de chute de cheveux et la promotion de la croissance capillaire. Cependant, la plupart des études présentaient des défauts méthodologiques — échantillons de petite taille, absence d’insu, suivi de courte durée (généralement 3 à 6 mois seulement), et absence de standardisation des critères de classification de la chute de cheveux. Par conséquent, les auteurs de cette revue estiment que la qualité globale des preuves est faible et qu’aucune conclusion définitive ne peut être tirée.
Concernant la pelade (communément appelée « alopécie en plaques »), une méta-analyse publiée en 2021 dans le *Journal of Alternative and Complementary Medicine* a inclus 16 ECR. Elle a révélé que l’efficacité globale de la prise interne de MTC associée à un traitement local (comme la percussion à l’aiguille fleur de prunier) était supérieure à celle du groupe traité uniquement par des médicaments occidentaux (comme les glucocorticoïdes). Cependant, les études incluses provenaient principalement de Chine, présentant un risque élevé de biais de publication, et les rapports d’effets indésirables graves étaient incomplets. Plus préoccupant encore, certaines plantes de MTC (comme les formules contenant du Polygonum multiflorum) peuvent provoquer des lésions hépatiques — l’Administration nationale des produits médicaux de Chine avait déjà mis en garde dès 2014 contre le risque d’hépatotoxicité du Polygonum multiflorum et de ses préparations, qui doivent être utilisés uniquement sous la supervision d’un médecin.
**III. Sécurité et controverses autour des plantes typiques de la MTC**
Le Polygonum multiflorum est l’une des plantes les plus couramment utilisées pour traiter la chute de cheveux, mais son hépatotoxicité est désormais avérée. Les données fondées sur les preuves montrent qu’une utilisation prolongée, à doses excessives ou en association avec d’autres médicaments hépatotoxiques peut entraîner une élévation des transaminases, voire une insuffisance hépatique aiguë. Par ailleurs, l’application externe de gingembre est un « remède de grand-mère » populaire, mais une étude in vitro de 2023 a suggéré que le 6-gingérol contenu dans le gingembre pourrait inhiber la croissance des follicules pileux plutôt que la stimuler — ce qui indique que les connaissances empiriques traditionnelles peuvent être remises en question et qu’il ne faut jamais les utiliser aveuglément.
En ce qui concerne l’acupuncture et la percussion à l’aiguille fleur de prunier pour la chute de cheveux, les preuves issues des ECR actuels sont encore plus faibles. Une revue systématique de 2019 incluant 8 études a indiqué que la percussion à l’aiguille fleur de prunier combinée à l’application externe de MTC pouvait avoir un certain effet dans le traitement de la pelade. Cependant, en raison de l’absence de contrôle par aiguille factice, il est impossible d’exclure un effet placebo. La plupart des études n’ont pas rapporté le taux de guérison naturelle pendant la période de traitement (la pelade ayant un taux d’autoguérison élevé), ce qui a conduit à surestimer l’efficacité.
**IV. Limites de l’évaluation fondée sur les preuves et perspectives futures**
La recherche fondée sur les preuves concernant le traitement de la chute de cheveux par la MTC est actuellement confrontée à trois obstacles majeurs : le manque d’ECR hautement standardisés, multicentriques et de grande envergure ; l’absence d’uniformité des critères de jugement (par exemple, l’utilisation uniquement d’un « taux d’efficacité » subjectif sans mesures quantitatives objectives comme la densité capillaire) ; et une surveillance insuffisante de la sécurité à long terme. Les traitements de référence internationalement reconnus pour la chute de cheveux — le finastéride et le minoxidil approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) américaine — ont une efficacité claire (environ 60 à 80 %), mais ils présentent également des effets secondaires, notamment des troubles sexuels et une chute de cheveux après l’arrêt. La MTC, en tant qu’alternative ou complément, pourrait avoir l’avantage d’une « régulation individualisée » plutôt que d’une « repousse universelle », mais cet avantage n’a pas encore été confirmé par des preuves de haute qualité.
**V. Conseils rationnels pour le public**
À l’heure actuelle, aucune thérapie par la MTC n’est recommandée comme traitement de première intention de la chute de cheveux par les directives médicales internationales dominantes (telles que celles de l’American Academy of Dermatology). Si vous envisagez d’utiliser la MTC, les principes suivants doivent être respectés : premièrement, consulter un praticien agréé en MTC pour une différenciation des syndromes, et éviter de préparer soi-même des « formules de repousse » ; deuxièmement, informer activement votre médecin occidental pour éviter toute interaction avec les médicaments prescrits ; troisièmement, surveiller régulièrement la fonction hépatique (en particulier lors de l’utilisation de plantes comme le Polygonum multiflorum ou le Psoralea corylifolia) ; quatrièmement, se méfier des « recettes secrètes » populaires annonçant un « taux d’efficacité de 90 % » — ces données proviennent généralement d’études non randomisées ou de cas non divulgués.
**Conclusion**
Les preuves fondées sur les données concernant le traitement de la chute de cheveux par la MTC en sont encore à un stade « préliminaire mais faible ». Certaines études suggèrent une possible efficacité, mais en raison de limitations méthodologiques, elles ne peuvent pas soutenir une utilisation clinique généralisée. Les risques pour la sécurité (en particulier les lésions hépatiques) doivent être hautement surveillés. À l’avenir, des ECR rigoureusement conçus, des outils d’évaluation standardisés et des suivis à long terme seront nécessaires pour porter un jugement fiable sur la véritable valeur de la MTC dans le traitement de la chute de cheveux. En l’absence de preuves suffisantes, une attitude rationnelle consiste à : ne pas refuser, ne pas suivre aveuglément, privilégier les traitements modernes validés, et explorer prudemment le rôle complémentaire de la MTC.
*(Cet article est fourni à titre indicatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. En cas de chute de cheveux, veuillez consulter un dermatologue ou un praticien agréé en médecine traditionnelle chinoise.)*